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des galeries d'art pas comme les autres

Venturini Jean-Jacques

La figuration narrative de J-J Venturini est très particulière. Elle se nimbe d’une poésie urbaine assez rare. C’est sans doute pourquoi le peintre occupe dans ce genre une place à part. Puisant les motifs  au cœur de la réalité citadine ou périphérique, son exploration des lieux les plus communs et de ceux et des choses qui les hantent  apparente l’acte de peintre à un jeu du rapprochement et de l’éloignement  tant sur le plan du cadre (plans d’ensemble ou plans rapprochés), de l’angle de « prise de vue » que des sujets choisis..

Venturini – même s’il est tourmenté par une recherche fiévreuse d’une réalité souvent à l’abandon et dans une forme de friche urbaine – crée à travers les couleurs et les traits une sérénité. Elle est d’autant plus frappante qu’on ne serait pas forcément en droit de l’attendre.  Mais en conséquence la peinture à travers le réel « descend » ou plutôt « monte » dans un univers de l’ineffable où l’onirisme prend les contours de ce qui sans poésie ne serait que rebuts et rebuffades. L’univers urbain sort ainsi du chaos, de ses empierrements et de ses carcasses de ferraille.

Au coeur même de la matière peinture, l’artiste touche à la fois une densité de vide et une densité de vue. L’oeuvre cisaille l’univers de la ville pour atteindre son spectre. Cette préhension provoque un effet d’écran ou de philtre. Elle devient  rupture, tension, trouble de vue, atteinte à l’épaisseur citadine et ses contrefaçons. L’émotion créée ne tombe jamais dans le sentimentalisme. Elle est d’ailleurs volontairement  limitée par Venturini. S’il renvoie en masse à quelque chose de corrosif et de cruel le cœur urbain et sa périphérie laissent vacants des espaces de liberté.

La figuration humaine y trouve une juste place . Ses couleurs  l’installent avec fierté au sein de l’anonymat.  De chaque toile émerge une sorte d’éclat même lorsque la pluie est là. Certains ne se priveront sans doute pas de dire qu’il s’agit là d’une peinture trop sage mais ils auront bien tort. Dans toutes ses facettes le travail pictural apparaît comme une suite d’instants redressés. Ils possèdent parfois voire souvent une énigme « lynchienne ». D’où  les interrogations que  les postures humaines et les objets saisis trahissent. Comme les histoires « vraies » de Lynch, l’oeuvre de Venturini cherche à se faire belle pour mieux nous envelopper de son mystère. Plus le réel est là moins il se laisse appréhender. Les couleurs s’y surexposent à la matière. Une lumière est toujours présente et semble dire  « voici la vie ». Il ne s’agit pas de se perdre dans un ailleurs et de fuir. Il faut accepter l’urbain car même dans ses déchets, ses pelures et ses ruines tout demeure possible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Maître de conférence en communication à l´Université de Savoie.