Marcziniak Richard
Quand on se pose la question de ce qu’on fait, pourquoi on le fait et pour qui on le fait, la réponse vient intuitivement « quelle démarche autre que celle de peindre, pour peindre et pour celui qui regarde le travail du peintre ».
Quand se pose la question du comment, dans quel puits va-t-on chercher son eau ? Je réponds : dans la peinture abstraite. Je pratique une peinture abstraite qui n’a ni sujet et concept autres que la peinture elle-même. Cette peinture se résume dans la primordialité de la matière et de la couleur et aux formes et à la lumière produites par ces deux entités.
Depuis la peinture pariétale jusqu’à aujourd’hui, il existe des chemins prétendus secondaires qu’à peu près seuls les peintres empruntent car ils les pensent essentiels. Ce sont ceux, de l’accroche du charbon de bois sur la pierre, du glissement du pinceau sur la toile, de l’empreinte du doigt, de la main, sur tout support.
Je m’étonne toujours de la beauté originelle qui en sort, comme s’étonnait, je présume, le peintre anonyme de Lascaux ou Chauvet. C’est cet étonnement qui guide ma peinture. Toujours je suis ébahi par ce que produisent – avec une certitude autoritaire parfois, aussi avec le souffle continuel du doute – la main, l’œil, le cerveau réunis.
Parler de ma peinture me semble vain, car une peinture se dévoile d’un seul coup, à tout être, savant ou ignorant et aucune explication, jamais ne viendra répondre à l’émotion ressentie. Ce que je puis dire, c’est que tout au long d’un chemin de peinture, elle et moi n’avons jamais dévié de notre route. Bien sûr, il y eut les années d’apprentissage, celles qui aident à se construire puis, cette sorte de confort sur un fil tendu dans le vide, cette plénitude qui vous permet d’affronter plus facilement le travail avec plus de sérénité et de sûreté dans l’acte de peindre. Pour autant chaque toile est une nouvelle aventure.
Manessier disait : « Nous sommes les primitifs d’un langage nouveau, semblable à celui que les musiciens ont depuis longtemps à leur service » . Je veux être l’un de ces primitifs.









